Pas de gêne avec les gènes !

Illustration de Marjorie Montañana
Illustration de Marjorie Montañana

Qu'est-ce que j'ai dans mon bassin ? Est-ce que mon poisson est différent de celui des autres fermes ? Si oui, en quoi est-il différent ?

 

Et surtout, pourquoi est-il important de se poser toutes ces questions ?

A la Réunion, et au tout début de la pisciculture dans les années 60, la constitution des stocks domestiques a été réalisée sans tenir compte de la diversité intraspécifique (la diversité génétique au sein de l'espèce). Celle-ci était forcément mal connue étant donné les techniques moléculaires quasi-inexistantes de l'époque. Un peu plus tard, le Red Florida (Gueule Rouge) est introduit sur l’île. Le Red Florida est issu de plusieurs hybridations (croisements entre espèces) successives.

Lors de ces croisements, seuls les hybrides les plus performants ont été sélectionnés, réduisant ainsi la "gamme" des possibilités génotypiques au bénéfice de critères commerciaux (couleur, chair épaisse et goûteuse). Bien que le domaine de la biologie moléculaire fût un peu plus avancé, le faible nombre de marqueurs génétiques utilisés alors ne permettait pas de caractériser avec finesse les différentes populations.

 

Néanmoins, le génome du poisson évolue au fil des générations

Les conséquences de cette situation peuvent alors être : 1) une domestication qui n’exploite qu’une faible part des potentialités génétiques de l’espèce ; 2) une réduction de la diversité génétique et du potentiel adaptatif des populations, notamment face au changement climatique. Autrement dit, la diminution du potentiel génétique des espèces domestiquées peuvent avoir des conséquences sur les capacités d'adaptation du poisson : des individus plus fragiles, plus sensibles aux pathogènes, aux variations de température.

 

Eviter la dégénérescence du génome au cours du temps

Aujourd'hui, les techniques de biologie moléculaire peuvent permettre d'évaluer la sélection et/ou la dérive génétique des populations pouvant avoir des conséquences négatives sur les stocks. Une description précise de la diversité génétique de ces espèces, la construction de nouveaux stocks de captifs reproduits en pisciculture et destinés soit au repeuplement (dans le cas de la pêche par exemple), soit à la production commerciale, la constitution d'une base de données de génotypes sont autant de solutions qui pourraient permettre une meilleure gestion et une optimisation à long terme des souches de poissons d'élevage, en particulier le Tilapia de la Réunion.

 

Références :

 

Ce petit article est inspiré de ma thèse intitulée "Modélisation spatio-temporelle d'une double zone hybride méditerranéenne: enjeu pour la conservation d'espèces d'intérêt patrimonial" soutenue en 2013 à l'Université d'Aix-Marseille. Elle est disponible sous demande, je vous la transmettrai avec plaisir :)

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