Poissons et plantes font bon ménage

Photo de Samuel Zeller
Photo de Samuel Zeller

A la Réunion comme ailleurs, il devient nécessaire de reconsidérer les approches "monocultures" qui appauvrissent les sols, génèrent des rejets et nécessitent une surface exploitable importante.

 

Un changement de paradigme doit répondre aux besoins de la production alimentaire des décennies à venir, en particulier dans le cas d’une île qui est limitée en surface terrestre, mais également pauvre en réserves d’eau douce pour les productions végétales et animales. Autrement dit, il est important de mieux intégrer les principes de gestion écologique à l’échelle de l’île.

 

Dans un article précédent, je parlais de l’avancée du Canada en aquaculture. En voici un exemple concret.

 

Passer de l’exploitation d’une ferme aquacole au développement d’un écosystème

Au cours de la dernière décennie, les programmes de recherche au Canada ont eu pour objet de démontrer la viabilité économique et environnementale d’une aquaculture intégrant à la fois des plantes terrestres, aquatiques et des animaux : c’est ce qu’on appelle l’Aquaculture Multi-Trophique Intégrée (AMTI). Cette nouvelle approche fait cohabiter sur une même surface marine différentes espèces à différentes échelles trophiques : algues, huîtres, moules, poissons, etc…

 

Une solution socio-écolo-économiquement viable…

Les enjeux sont importants étant donné la difficulté d’obtenir une concession en mer et les conflits d’usage. L’aquaculture multi-trophique intégrée permet ainsi d’exploiter toute la colonne d’eau. De plus, les équipes du Canada ne sont pas cantonnées à travailler sur les possibilités techniques/biologiques et la rentabilité économique du système : protection de l’environnement, diversification économique et acceptabilité sociale (avec une de nouvelles méthodes de gestion de la ressource) constituaient autant de paramètres auxquels l’AMTI devait répondre. Elle devient ainsi un système de production et de gestion profitable à la fois pour les producteurs, les consommateurs, l’environnement et la société.

 

…Mais des contraintes fortes de réglementations et d’adaptation pour les producteurs

La réglementation qui peut s’appliquer à l’aquaculture ne sont pas les mêmes que pour produire des mollusques ou des algues. Cela signifie que si un producteur souhaite se diversifier, il doit pouvoir de s’adapter aux normes de conditions d'élevage, de culture et de production de l’ensemble des "étages" du système. De plus, un producteur spécialisé dans la pisciculture n’aura pas forcément les connaissances dans l’élevage d’autres animaux ou la culture de plantes aquatiques. Ce type de diversification nécessite la connaissance de plusieurs métiers, et par conséquence un travail mutualisé entre plusieurs spécialistes.

 

Un exemple d’AMTI en eau douce : l’aquaponie

L’aquaponie est une forme de culture hors-sol qui permet de valoriser l’eau des élevages de poissons par le biais d’une production de plantes terrestres telles que des légumes, des fruits, des plantes aromatiques et/ou ornementales. Cette démarche innovante permet le recyclage et l’exploitation des nutriments émis par l’élevage aquacole par des cultures végétales. Valorisation, économie d’intrants, diversification, rentabilité, optimisation de l’espace sont autant d’arguments en faveur du développement de ce type d’AMTI. Dans ce cadre, la France est force de proposition : en 2013, l’ITAVI (Institut Technique des filières Avicole, Cunicole et Piscicole) a monté un projet nommé APIVA® (AquaPonie Innovation Végétale et Aquaculture) visant à tester les performances de l’aquaponie. L'un des objectifs du projet est notamment de diffuser la connaissance en vue d’un transfert technologique de l’aquaponie en France à travers la rédaction d’un guide technique sur l’aquaponie pour professionnels.

 

Et vous, quel est votre avis sur l’AMTI ?

 

Références :

 

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